Guérir son enfant intérieur
- Stéphane TOMA

- 12 janv.
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 févr.

Vous sentez-vous parfois submergé par des réactions qui semblent plus fortes que vous ? L'impression d'être bloqué dans des schémas répétitifs ? Bonne nouvelle, la libération émotionnelle est possible et la clé est en vous : votre enfant intérieur.
Comprendre l'origine de nos blessures d'enfance
Pour guérir son enfant intérieur, il nous faut comprendre ce qui s’est joué dans la petite enfance, période durant laquelle il se construit émotionnellement et psychiquement. En effet, c'est à ce stade de son développement que son être, son "Je" établit ses fondations.
Le contexte parental et son incidence sur l'enfant
Freud répondait à l'une de ses patientes qui lui demandait conseil à propos de son rôle de mère :
"Quoi que vous fassiez, vous ferez mal."
Bien triste réalité pour les jeunes parents en devenir…
En effet, au stade du développement intellectuel de la petite enfance, la capacité de l'enfant à interpréter son vécu et les événements est encore basique, binaire : on me donne ou on ne me donne pas, point. C’est pourquoi, quelle que soit la raison expliquant le comportement de ses parents, il ne contrebalance pas en incluant, par exemple, leurs caractères. Il n'intellectualise pas, il n'évalue pas et tire des conclusions entérinées comme des faits établis :
on me donne, c'est que je mérite
on ne me donne pas, c'est que je ne mérite pas
on me dit je t'aime, c'est qu'on m'aime
on ne me dit pas je t'aime, c'est qu'on ne m'aime pas
Les bonnes attitudes parentales…
L'enfant, pour grandir dans l'estime de soi et avoir confiance en lui, a donc besoin que son être soit nourri. Et c’est l'amour que ses parents lui verbalisent qui apporte cette nourriture. Car l’enfant n’a pas besoin de savoir ou de sentir qu’on l’aime. Il n’a pas besoin d’être couvert de cadeaux ou d’avoir les dernières baskets à la mode. Non, il n’a besoin que d’une chose : entendre "Je t’aime".
C'est donc dans ce miroir parental qu'il ira chercher de quoi se construire. En effet, ces "je t’aime", les "je suis fier de toi", seront pour lui autant de preuves de sa valeur. Se sentant reconnu et accepté pour ce qu’il est, il grandit dans l'estime de soi.
… et les moins bonnes
Des parents aimant leur enfant mais ne lui démontrant pas, ne permettent pas que cet équilibre primordial s'installe. Certains sont simplement ce que l’on appelle des "taiseux", eux-mêmes n’ayant pas été habitués (ou autorisés) à verbaliser leurs sentiments. Néanmoins, l’enfant ne rationalisera pas leur vécu. Il pourra le faire, adulte, mais cette non-démonstration aura déjà créé un vide à combler. Vide duquel pourront découler les pendants de la non-estime de soi (dévalorisation, dépendance affective, rejet, peur de l'abandon, etc.).
Quant aux parents nourrissant l'enfant de "tu es bon à rien" et autres phrases assassines, l’image renvoyée ne lui permet évidemment pas de s’estimer. Dans ce climat délétère, l’insécurité émotionnelle s’installe. Une réaction, une parole destructrice, voire des coups dans le cas de parents violents, l’enfant grandira dans la peur. Une peur distillée par cette figure censée être un rempart de paix et de protection.
La surprotection ou l'entrave à l'autonomie
D'autres encore, surprotègent l'enfant. Ainsi, ils pensent lui apporter la sécurité, la protection qui leur a manqué. "Laisse-moi faire, tu risques de te faire mal" ou "tu ne vas pas y arriver seul", autant de phrases qui empêchent l'enfant d'avoir confiance en lui. En effet, il en retire l’idée qu’il est incapable de se gérer seul, de faire face ou de mener à bien une action quelconque. Par conséquent, il pense, là encore, qu’il n’a aucune valeur.
La pression de la réussite et le droit à l'erreur
Motiver notre enfant, le pousser est une chose, la pression de la réussite en est une autre. En effet, il y a une nette différence entre "il faut que tu réussisses" et "je sais que tu feras de ton mieux". Ou "comment ?! tu n’as pas réussi !" et "c’est bien, tu as fait tout ce que tu as pu, essayons de comprendre ensemble comment faire mieux la prochaine fois".
Sous cette pression, l'enfant intègre l'idée qu'il n'a pas le droit d'échouer. Que ses efforts ne représentent aucun axe de progrès. En outre, il pense devoir réussir à tout prix pour ne pas décevoir ses parents, par crainte de perdre leur amour s'il échoue. Alors il tente d'exceller, pensant ainsi qu’il recevra l’amour qu’il ne reçoit pas. Il n’est donc pas "lui" mais ce qu’il pense devoir être. Son être est empêché, entravé, éteint.
Le poids de l'héritage : donner ce que l'on n'a pas reçu
Les parents s’évertuent évidemment à donner ce qu’ils pensent être le meilleur pour leurs enfants. Mais lorsque c’est au nom de "tu ne subiras pas ce que j’ai subi" ou "tu deviendras ce que je n'ai pas pu être", le parent, en réalité, se nourrit lui-même. Ainsi, l’enfant ne reçoit pas ce dont il a besoin par le simple fait qu'il n'est pas la copie de son parent : il est lui. Et ce lui doit être accueilli et non pas façonné.
Certains parents ayant eux-mêmes manqué d'affection, de reconnaissance, se "servent" parfois de leur rapport à l'enfant pour l'obtenir. Ils l'enferment alors dans un rôle de "réparateur" qui, là encore, empêche l'enfant d'être qui il est.
Sans compter ceux qui ajoutent le chantage affectif.
Par conséquent, ici, l'enfant ne s'autorisera pas à faire vivre son être de peur que l'être du parent ne s'éteigne.
Guérir son enfant intérieur : ce qui se joue en lui
L'enfant ne va pas à l'encontre de ses parents. C'est l'autorité suprême, le savoir ultime qui ne peut en aucun cas être remis en question. Il pense que s’ils ne lui "donnent" pas, c'est qu'il n'est pas digne de "recevoir". Que s'ils ne lui disent pas "je t’aime", c’est qu’ils ne l’aiment pas, qu'il n’est donc pas aimable.
Aussi, il se considère comme responsable de ce vide renvoyé et l’intègre comme une preuve de son manque de valeur.
Être ce qu’il pense devoir être
L’enfant cherche alors à compenser pour plaire. Ou bien il s’efface pour ne pas déranger. Ainsi, il pense gagner l'amour de ses parents.
Il peut aussi adopter des comportements destinés à attirer l'attention (conflictualiser la relation, pleurs, désobéissance, pipis au lit, etc.). Ces comportements, qui semblent hostiles aux parents, ne sont en réalité que des tentatives de provoquer une réaction positive. Dans ce cas, certains parents peuvent se sentir abandonnés par cet enfant qui ne correspond plus à leurs attentes.
En somme, l’enfant s’attache à correspondre à ce qu'il pense devoir être pour répondre aux attentes de ses parents. Par conséquent, le "je" est empêché dans son développement car l’enfant n'est pas "lui".
L'abandon et la non-disponibilité
La notion d’abandon découle d’une interprétation que je qualifie d'avérée ou de fantasmée.
Avérée, par exemple, par le décès d’un des parents ou encore d’un parent qui ne voit plus l’enfant suite à un divorce. Parfois même, le système de garde basé sur un week-end sur deux et la moitié des vacances, créé cette impression d’abandon.
Au même titre, lorsque les grands-parents le gardent pendant que ses parents sont au travail. Ici, l’enfant peut se dire qu’il n’est pas assez intéressant pour que ses parents aient envie d'être avec lui.
Et, fantasmée, si le parent, bien que physiquement présent, est perçu comme non disponible. En effet, un parent absorbé par ses problématiques ou absent pour raisons professionnelles, donne le sentiment à l'enfant que le parent ne veut pas le prendre en compte, qu'il n'a pas sa place. Alors, il se sentira rejeté. Ici naît la peur de l'abandon.
Guérir son enfant intérieur devenu grand
Ceux pour qui, adultes, la résilience aura été totale, vivent en paix avec eux-mêmes. D’autres peuvent ne pas avoir conscience de leur problématique. Si, de plus, on ne leur renvoie pas de quoi s’en rendre compte, ils ne constatent pas leurs comportements.
Guérir son enfant intérieur prend néanmoins tout son sens pour ceux qui luttent contre leur angoisse au quotidien. Il n'y a pas forcément d’état dépressif, mais l'adulte reste sous le joug de ce moteur inconscient. Par conséquent, bon nombre de ces comportements régissent leurs émotions :
non-estime de soi
peur de l’abandon
difficultés à s'investir
difficultés de s'exprimer, à se mettre en avant
jalousie excessive
sentiment d'échec
dévalorisation constante
surinvestissement dans le faire pour contrebalancer le manque d'être ("je fais donc je suis")
s’effacer pour ne pas déranger, par sentiment d’illégitimité
plaire coûte que coûte même si cela implique de supporter l'insupportable
etc.
La dépendance affective
La dépendance affective est le pendant le plus impactant. En effet, l’adulte cherchera chez l'autre l'amour qu'il n'a pas reçu et n’a pas de lui-même. Inconsolable, il suivra cette quête ultime, comme une drogue mentale, une avidité au besoin d’être nourri, reconnu. "Aimez-moi, moi qui ne m'aime pas", "je sauve donc je suis", "je flatte donc on m'aime", donnent alors le sentiment de faire vivre son "Je". Et pourtant, en fait, il s’efface, persuadé de n’avoir aucune légitimité.
Ainsi, dans le domaine des relations amoureuses, l'amour devient attachement : il faut remplir ce vide affectif. Mais l'attachement n'est pas de l'amour, c'est de la dépendance affective. C’est prendre l'autre pour le sauveur ultime, la part manquante, cette "moitié" qui va compléter ce moi vide.
Ce n'est pourtant qu'entier que nous rencontrons quelqu'un d'entier...
J’attire ce que je suis
Un autre pendant de ces mécanismes se jouant dans la dynamique sentimentale est la comptabilité névrotique. L’adulte ira chercher quelqu'un qui ne renvoie que sa mauvaise image de lui-même. Sorte de copie conforme de ce parent du sexe opposé qui ne l'a pas nourri. Un pervers narcissique, par exemple, y trouvera une proie de choix, un objet sur lequel imprimer facilement sa perversion.
En réaction constante et inconsciente aux peurs du petit enfant, certains seront persuadés que l’autre va les quitter, les trompe, les rejette, les dénigre ou les manipule. Dans cette interaction, tout passera par le filtre des croyances de l’enfant intérieur.
Guérir son enfant intérieur : la clé de l’équilibre
Il y a autant d'exemples possibles qu'il existe de couples enfant/parent. Mais quelle que soit la problématique, elle doit être résolue au profit de l'équilibre.
Le chemin de la libération émotionnelle est donc de guérir son enfant intérieur. Ce petit nous qui a vécu ce fameux vécu. Il est la source ! Rassurer, consoler, expliquer, chérir cette petite fille, ce petit garçon est la clé de la pleine libération émotionnelle.
Ce qu’il faut également bien comprendre, c’est que cet enfant intérieur ne joue pas contre vous, il n’est pas un ennemi. Son mal-être n’est pas sa raison d’être, c’est ce qu’il croit être "lui", son identité.
Guérir son enfant intérieur c’est donc l'aider à déconstruire ses croyances et ses certitudes illégitimes. C’est l’aider à comprendre que son interprétation de lui-même est erronée, qu'elle n’est due qu’au comportement de ses parents et à l’interprétation qu’il en a faite.
Grâce au soin de l'esprit, nous pouvons, ensemble, dénouer ces nœuds du passé et vous permettre de favoriser votre pleine libération émotionnelle.
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